1.1Evenements 1

Deux skieurs descendent les pentes Sud-Est du Chavalet dans un domaine hors piste.  Ces pentes accueillantes  vers le sommet deviennent rapidement plus raides et finissent en entonnoir sur une barre rocheuse. L'un des skieurs  descendu trop bas se réfugie sur un rocher,  l'autre, resté au dessus de la barre , peut  s'échapper. Aucune avalanche n'est partie  pour le moment et les skieurs appellent les secours pour les dégager.

Les  pisteurs arrivent vers 13h30 en partant de l'arrivée du téléski des Hautes Planes  et descendent sur les pentes Est du Chavalet jusqu'au Catex. Ils se dirigent ensuite vers  les rochers ou s'est réfugié le skieur  en empruntant une croupe entre deux couloirs d'avalanches. En descendant , ils provoquent une coulée et s'arrêtent. Dans la suite de l'exposé je la nommerais  " coulée  du catex" . Une deuxième avalanche plus puissante descend 2 minutes plus tard  en empruntant le couloir 5  du CLPA BN69 . (a droite sur la photo) je la nommerais  "avalanche du ravin"

1 Informations fournies par le PGHM

1.2Situation au 16 avril au matin et Description

Deux enquêteur accompagnés de 3 gendarmes arrivent sur le site à 8h30.  lL'ensemble du  domaine est fermé  au public . La photo ci-dessus prise de la route donne une vue d'ensemble avant toute intervention. On y voit la plaque partie jusqu'au sol et les 2 avalanches en cause.

 

1.3 Situation météorologique et nivologique

 

Les hauteurs de neige déjà supérieures aux moyennes deviennent exeptionnelles en cette fin de saison   (Voir saison hivernale 2013/2014 à Auron) . Les chutes de neige ont été particulièrement soutenues au mois de mars avec 50 cm le 7 et le 18 et une vingtaine de cm à chaque perturbation le 28 et le 30 .Les dernières chutes les 4 et 9 avril ajoutent 5 à 10 cm .
Et le mois de mars a été froid pour la saison. La limite de la neige descend vers 1300m côté Nord et 1500m face Sud.

Changement brutal a partir du mardi 13: Situation à 500hPa a partir du 13 avril

Un puissant anticyclone fait remonter l'air chaud sur notre région.Les températures maximales dépassent les 10 degrés et surtout le regel nocturne n'opère plus jusqu'à 2500m . A cette époque le soleil est déjà haut et les faces Est qui se redressent sont particulièrement chauffées dès le matin.

 

 

 1.3.1 Mesures sur le terrain le 16 avril

Dans cette pente déjà bien éclairée le matin, l’humidification de la fonte de la neige de surface a déjà repris. En raison de la chaleur et du risque d’avalanche, les mesures ont été limitées à un profil stratigraphique rapide avec quelques mesures de masse volumique et de grains

 

l'analyse  met en évidence 3 couches distinctes.

  • La couche superficielle visqueuse sans consistance qui, comme la veille, peut être à l'origine des départs ponctuels, la moindre impulsion la met en mouvement.
  • La couche intermédiaire épaisse d'un mètre, et d'une masse volumique qui varie de 320 kg/m3  à 380 kg/m3  à 40 cm du fond, est constituée de grains ronds de 0.8 mm . Elle est un peu plus résistante que la première couche. La nouvelle eau de fonte produite depuis le matin n’a pas encore percolé jusqu’à ces couches à l’heure des mesures. Ces couches étaient probablement un peu moins dense la veille.

  • Enfin dans les 20 derniers cm les grains ne sont pas encore entièrement arrondis et conservent quelques angles. Ce qui signifie que c’est la première humidification de cette couche qui date très probablement de la veille.

1.3.2 Mécanisme de mise en mouvement

De nombreuses avalanches se sont produite au cours de l'enquete du 16  et l'observation es phénomènes peut être analysée comme suit:

 La couche superficielle visqueuse à forte teneur en eau se met en mouvement à la moindre impulsion. Cette coulée se déplace à  faible vitesse se renforce et entraine la couche intermédiaire. L'avalanche  prend alors  de la puissance et s'accélérant  fortement  en glissant sur les gobelets du fond .

 

1.3.3 Evolution du manteau neigeux  du 12 au 16  avril   sur les pentes Est du Mercantour à 40 degrés,  analysé par les modèles Meteo France.

 

Les modèles Safran/Crocus/Mepra, utilisés pour la prévision opérationnelle du risque d’avalanche à Météo-France, sont une aide à la compréhension de l’évolution probable du manteau neigeux dans les jours précédents l’avalanche.

Le graphique de droite représente l’évolution d’un manteau neigeux simulé à 2400m dans une pente de 40°, d’orientation Est dans le massif du Mercantour dont on peut tirer les éléments caractéristiques suivants:Le 13 avril à 8h, la plus grande partie du manteau neigeux est encore sèche, il est constitué de couches de grains fins et anguleux séparés par de multiples croûtes de regel qui lui donnent de la résistanceA noter la présence de couches fragiles enfouies dans les couches profondes, plus nombreuses en versant Est (évolution en grains à faces planes ou gobelets de chutes anciennes, certaines datant du mois de décembre grahe gauche). L’humidification n’est que superficielle, un peu d’eau liquide (en rouge sur la partie gauche du profil) est présente dans les 20 premiers cm du manteauneigeux.

Sous ces conditions de première humidification d’un manteau neigeux resté de type hivernal, le premier effet lorsque l’eau de fonte atteint une couche de neige à l’intérieur du manteau neigeux est une diminution brusque de la cohésion de cette couche.

Cette situation est décrite dans le bulletin d’estimation du risque d’avalanche (Voir le BRA émis le 14 pour le 15 avril )

Le risque d’avalanche est estimée à un risque marqué (niveau 3) évoluant en risque fort (niveau 4). Le texte du bulletin précise qu’en raison du faible regel de la nuit, des départs spontanés sont probables en versant Est dès le milieu de la matinée.

1.4Connaissance du site

 

Les pentes du Chavalet sont extrêmement avalancheuses . (voir l'extrait du CLPA BN69 couloir 5. Annexe G) Plusieurs accidents ont déjà été recensés notamment celui qui a emporté 3 gendarmes dans le couloir sous le télésiège du Dôme .le jeudi 9 mars 2006.
Ces avalanches se produisent aussi bien par temps chaud comme dans le cadre de cette étude, mais sont également fréquemment provoquées par des plaques avec des accumulations qui remplissent les couloirs.
Il s'agit aussi d' un terrain accidenté avec de nombreuses ruptures de pentes qui fragilisent le manteau au passage d'un skieur.
Les pentes sont purgées par deux Gazex près des sommets, et ces équipements ont été renforcés par un Catex pour purger le ravin sous le télésiège du Dôme.

 

 2 Complément photos